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Logo SCJ        Biographie de Camille Jacquemin


Camille Jacquemin au clavier de son orgue en mars 1935 external-link

Camille Jacquemin au clavier de son orgue en mars 1935.
A remarquer la présence sur le pupitre d'une partition de Cesar Franck.

Racines en terres gaumaises

Camille Jacquemin est né à Halanzy le 7 décembre 1899.
Il est le dernier-né d'une famille où trois filles l'ont précédé et le fils d'inspecteur cantonal d'écoles. C'est la fonction paternelle qui a amené la famille Jacquemin à habiter la petite ville de Virton. Le papa de Camille décède vers 50 ans alors que le petit garçon n'avait encore que 12 ans. Déjà à cet âge, il tenait les orgues à Saint-Mard, en toute simplicité, et poursuivait de pair les Humanités gréco-latines au collège de Virton et des études musicales.

Amitié inaltérable avec l'homme qui sait le mieux le chant grégorien...

Camille grandit, entouré de sa mère et de sa soeur Alice, la plus jeune, musicienne elle aussi. Enfin, il entra au séminaire à Floreffe pour y devenir prêtre et il sera ordonné en 1922.

Il fût envoyé en paroisse à Bertrix. Là, il manifesta déjà, en cette terre ardennaise dure et âpre tellement différente de sa Gaume natale, son triple souci d'humanité, d'art et de foi, au travers de son oeuvre musicale naissante : Cantique des Vocations, la messe Coelestis Urbs, Salve Regina à 3 voix, entre autres.
A cette époque, il se lia d'amitié inaltérable avec l'abbé LUCAS et dont Camille répétait sans cesse sa conviction à son sujet : "L'abbé LUCAS, c'est l'homme qui, en Belgique, sait le mieux le chant grégorien".
Enfin, Camille Jacquemin reçoit à ce moment les plus précieux conseils de René BARBIER, du conservatoire de Namur, dans l'art si délicat de la composition.

A Paris, les plus hautes distinctions

Le voilà arrivé ce jour où, n'ayant plus grand' chose à apprendre chez nous, il pu partir pour ce merveilleux Paris, car les possibilités de travail et d'enrichissement culturel de cette ville décuplent le résultat de tout effort personnel.

Son effort, il le présentera effectivement à Vincent D'INDY, directeur de la Schola Cantorum, sous la forme d'un Psaume en forme de sonate. La sympathie du grand musicien lui fut à cet instant acquise et ne se démentira jamais par la suite.
Mais c'est à l'Institut Grégorien qu'il trouva, dans la miraculeuse résurrection de la cantilène médiévale, un bénéfice spirituel authentique avec la connaissance absolue du plain-chant. Il y obtint en 1929 le diplôme de sortie avec la plus grande distinction.

Tandis qu'à la Schola Cantorum, il décrocha la même distinction en harmonie et en contrepoint, ainsi que le premier prix de fugue ; en concours d'orgue, d'improvisation et en composition de sonate moderne, il obtint la grande distinction.
Il fut le seul titulaire belge du diplôme supérieur de la classe d'orgue de Louis VIERNE, le Maître, le titulaire - non-voyant - des grandes orgues de Notre-Dame de Paris !, et qu'il a satisfait seulement en deux ans au programme de quatre années du cours de composition.

Le Petit Abbé

Que retenir encore de ce séjour à Paris ?
L'Aumônerie des Dames du Calvaire, rue de la Source, où sa grande âme, de toute bonté, eut l'occasion de consoler et de relever tant d'épaves :... « Es-tu baptisé ? - J'sais pas... ».
Un jour, appelé au chevet d'un musulman mourant, le Petit Abbé, comme on l'appelait à Paris, a aidé et apaisé le malheureux en lui lisant des passages du Coran.

Les semences durables

Mais il fut temps que tout cet acquis s'épanouisse et serve. Rentré en Belgique dès 1929, Camille Jacquemin fut promu maître de chapelle à Floreffe où il exerça plus de dix ans.
C'est à cette époque que Paul LANDENNE, fondateur de notre Schola, fut son élève.
Artiste, il porta de paroisses en pensionnats bien des semences durables, dont nous sommes peut-être les fruits. Il n'y cessa de produire musique de chambre, cantiques, musique de scène, pièces d'orgues, etc...

Mais laissons à l'abbé ORBAN, élève de Camille Jacquemin et lui-même professeur de notre chef de choeur Jules GRANDMONT, le soin d'expliquer ses cours de chant:
« Je voudrais évoquer maintenant ses cours de plain-chant. Nous y entrevîmes bien souvent, en effet, avec un choc d'émotion silencieuse, non seulement le visage ineffable de la Beauté grégorienne, mais aussi le grand cœur de prêtre qu'il nous ouvrait alors, très simplement. Il entrait dans la salle de musique « possédé » parfois d'un thème qu'il développait rapidement au piano, en quelques mesures improvisées.
Cela suffisait... nous étions dans le « ton » voulu. (...)
(Il se tenait) toute l'après-midi debout, jouant d'une main, dirigeant de l'autre. (...) Sa Schola l'entourait debout. Il détaillait les nuances, les appuis rythmiques, d'un simple signe de la tête et nous faisait reprendre quand l'accent n'était pas bien placé. Ah ! cet accent ! C'est là vraiment que nous apprîmes à le vénérer, « l'âme du mot, crête de lumière à la pointe des vagues du langage » comme il disait. Mais c'était au commentaire du texte que nous l'attendions. Il prolongeait le chant dans nos âmes, reprenait le thème musical, puis « s'en allait », nous parlant doucement, avec des silences, effleurant les touches, et il nous introduisait ainsi peu à peu dans les régions sereines de la plus authentique spiritualité. »

Les oeuvres vocales de cette époque de Floreffe sont multiples, tant religieuses que profanes. On peut citer un Libera Me pour choeur et grand orgue, la messe Sinite Parvulos, sa dernière oeuvre : Une Messe Eucharistique à une voix. Au point de vue profane, on ne peut tout citer de ses oeuvrettes charmantes. Glanons pour notre bouquet les chorals a capella des saisons, surtout Choral d'Hiver (notre CD Racines, plage 11), et les fraîches mélodies sur des pièces écrites par P. HANOZIN : Le Beau Rucher, Trois Petites Filles, Le Petit Cyrus chez son Grand-papa, Les quatre Saisons, délicieuses de grâce enfantine et précieusement colorées.

Un homme de caractère


L'écriture de Camille Jacquemin external-link

Cette écriture est celle de Camille JACQUEMIN en personne. Cette convocation est reprise au dos d'un carte postale que nos choristes Lily et Emile VERMEESCH conservent dans leurs archives.
Le style et l'écriture donnent l'impression que Camille JACQUEMIN était un homme au caractère énergique et très directif.
Nous verrons que ceci semble exact grâce au témoignage poignant d'un de ses élèves, Joseph LAMOTTE, compagnon de classe de Paul LANDENNE (lui-même fondateur de notre Schola), au collège de l'abbaye de FLOREFFE dans les années 1930, dont nous vous livrons le texte sur une autre page de ce chapitre.

Epilogue

On sait ce qu'il advint à Camille Jacquemin durant la seconde guerre mondiale, relégué par ses supérieurs dans une petite paroisse isolée et triste.
Miné par la dépression, il réagissait inlassablement contre ce mal en prolongeant son apostolat par la musique, dans des articles, des conférences et des concerts d'orgue.
Quelques jours avant sa mort, il avait décidé une grande tournée artistique au Canada, où il comptait diffuser l'esprit de la musique française contemporaine.
Il décéda le 17 juillet 1947.

A travers nos chants, nous restons très proches de ce grand musicien, dont notre choeur porte fièrement le nom.
Veillons à perpétuer le fabuleux héritage de son génie musical qu'il nous a légué.
Heureux sommes-nous...


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